La transition énergétique amorce le rattrapage du « retard français »

Après la prise de conscience, l'action. Un an après la promulgation de la loi sur la transition énergétique pour la croissance verte, les industriels se mobilisent. Les investissements doivent maintenant suivre.

C’est l’année de la transition énergétique. Chahutée par ses opposants qui critiquent notamment l’équilibre de ses arbitrages, la loi votée le 17 août 2015 produit ses premiers effets sur ‘économie. Fin de l’obsolescence programmée, rénovation de l’immobilier, lutte contre le gaspillage, développement des énergies renouvelables, réduction des déchets, transports propres… Avec des investissements privés et publics appelés à se multiplier, « pas un pan de l’économie ne va résister », anticipe, confiante, la ministre de l’Environnement, Ségolène Royal.

Le think tank France Biométhane, qui milite pour l’acceptation sociale des gaz issus de la fermentation de matières organiques, applaudit à tout rompre. L’an passé, 17 sites d’injection de gaz naturel ont été mis en service, mais, depuis la promulgation d’un objectif de 10 % de la consommation de gaz renouvelable à l’horizon 2030, les projets explosent : pas moins de 200 nouveaux raccordements sont à l’étude pour une capacité de production estimée à près de 4.000 GWh par an. Et de nombreux autres sont dans la file d’attente : pour atteindre les objectifs fixés, un total de 1.400 sites produisant 30 TWh de biométhane devront encore être raccordés. Ils pourraient permettre la création de 10.000 emplois pour leur construction et de près de 5.000 pour leur exploitation après 2020.

L’engagement de plus de 400 territoires à énergie positive, s’engageant dans une démarche vertueuse pour viser l’équilibre local entre consommation et dépenses, est un autre exemple à mettre au crédit de la loi. Un fonds de 750 millions d’euros leur a été alloué par le ministère, dont 250 sont sur le point de leur être versés. Le bâtiment, les « smart grids », la mobilité individuelle et collective, entre autres, devraient profiter de retombées sonnantes.

Culture du recyclage

Autre objectif : la lutte contre le gaspillage, matériel ou alimentaire, encourage le passage d’une culture de l’obsolescence à celle du recyclage. « Les mentalités industrielles ont fait un bond et le catalogue des initiatives antigaspi s’étoffe d’un nouveau vocabulaire allant de l’écologie industrielle à l’écoconception, au réemploi, à l’approvisionnement durable ou aux matières biosourcées », constate François-Michel Lambert, président de l’Institut de l’économie circulaire. Un programme national de symbiose industrielle est même né de cette prise de conscience. Piloté par l’Ademe, il doit livrer bientôt ses premières pistes sur l’organisation à grande échelle dans des régions tests de flux de matières en circuit fermé.

Le tableau n’est cependant pas tout rose. Récemment, la mission d’information parlementaire chargée du suivi de l’application de la loi a durement souligné « le retard français » dans un volumineux rapport passant en revue ses 215 articles qui doivent conduire notre société vers un modèle moins gourmand en énergie. Fin octobre, c’était au tour du Conseil national de la transition énergétique de critiquer le manque de précisions du texte. « Les amendements de dernière minute apportés par le gouvernement ne dissipent pas le brouillard et, faute d’un plan détaillé, la mobilisation des industriels reste difficile », note un expert.

Le problème de la filière gaz

Dans un rapport d’information sur la mise en œuvre du paquet énergie-climat présenté le 19 octobre, le Comité d’évaluation et de contrôle des politiques publiques déplorait notamment la faiblesse du soutien apporté au biogaz et à la cogénération. La programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) fixe bien des objectifs ambitieux pour ces filières : respectivement 8,3 TWh et 13,6 TWh injectés dans le réseau en 2030, mais les rapporteurs pointent du doigt « la faiblesse des investissements dans ces énergies ». Entre 2009 et 2015, le biométhane n’a obtenu que 0,6 % des aides du fonds chaleur. Or le soutien des pouvoirs publics est d’autant plus nécessaire, soulignent les auteurs du rapport, que la trajectoire fixée par la PPE – une hausse du rythme de développement de la chaleur renouvelable de 50 % d’ici à 2013 – est « menacée par l’évolution à la baisse du prix du gaz, qui pourrait en freiner la production et dissuader les investissements ». Pour rendre les nouveaux projets compétitifs, suggèrent-ils, les aides devraient être indexées sur l’évolution des cours du gaz et soutenir également les travaux de raccordement des énergies renouvelables à des réseaux de chaleur vertueux. « La France, précisent-ils, accuse en raison de cette mauvaise valorisation, un retard considérable sur ses voisins avec seulement 82 GWh de biométhane injectés contre 10 TWh en Allemagne. »

La filière gaz n’est pas le seul problème pointé par les parlementaires. Leur rapport souligne aussi le problème d’acceptation sociale de l’éolien, qui bride sa croissance avec des projets qui mettent trois fois plus de temps à se développer en France qu’en Allemagne, et les risques d’effet d’aubaine consécutifs aux mesures d’accompagnement de l’amélioration du bilan énergétique des logements. « Les enjeux financiers valent ce risque », estime un expert. Pour mener à bien la transition énergétique, il faudra investir entre 10 et 50 milliards d’euros supplémentaires par an d’ici à 2050.

Source de l’article Les Echos l Auteur Paul MOLGA l Le 24 Novembre 2016

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