Station d’épuration : il y a du bio dans le gaz ! (Tribune Pierre Coursan)

En 2014, une petite révolution vient bousculer le domaine des eaux usées...

En 2014, une petite révolution vient bousculer le domaine des eaux usées : un arrêté ministériel étend aux stations d’épuration l’autorisation d’injecter du biométhane dans le réseau de gaz naturel. Jusque-là, seules certaines installations y étaient autorisées (1).

Cette nouvelle énergie renouvelable vient progressivement bouleverser les modèles économiques et énergétiques en place, au bénéfice des collectivités, des industriels et de leurs territoires.

Fer de lance de la transition énergétique

Le biométhane, énergie locale et renouvelable issue de la méthanisation de déchets organiques, constitue une alternative aux énergies plus émettrices de CO2 (propane, butane, fuel) utilisées pour le chauffage urbain notamment. Le monde des transports, quant à lui, accède à un carburant décarboné, non émetteurs de particules fines, plus respectueux de l’environnement et de la santé publique.

L’Eurométropole de Strasbourg a ouvert la voie avec son projet Biovalsan, soutenu par l’Europe à travers le programme Life +. Depuis 2015, plus de 1,6 million de m3 de biométhane sont produits chaque année à partir des eaux usées et injectés dans le réseau de distribution de Réseau Gaz de Strasbourg pour chauffer 5 000 logements. Avec 66% de réduction des émissions de gaz à effet de serre de sa station d’épuration, la collectivité strasbourgeoise remplit plus de deux fois les objectifs de son plan climat, avec cinq ans d’avance.

En 2016, Grenoble emboîte le pas à Strasbourg : sa station d’épuration injecte du biométhane dans le réseau GrDF et fournit en bio-carburant 70 bus urbains de la Métropole.

Multiplication des projets

Les projets se multiplient et ne concernent plus seulement les stations d’épuration déjà équipées de digesteurs : les stations dès 20 à 30 000 équivalent habitant sont éligibles à la méthanisation, soit plus de 500 stations d’épuration françaises. Pour preuve, Angers, Annecy, Quimper, Les Mureaux, Hagondange s’équipent en faisant appel à SUEZ, Tours également, qui a fait appel à Dalkia.

Chauffage, carburant, combustible : des applications qui se multiplient

Lorsque le biométhane ne peut être injecté dans le réseau, il doit être liquéfié. En mai 2016, du biométhane liquide (BioGNL) et du CO2 liquide ont été produits pour la première fois en France à partir des boues de la station d’épuration du SIAAP, Syndicat intercommunal.

d’assainissement de l’Agglomération parisienne, à Valenton (94). Ce projet pilote, baptisé « BioGNVAL », est mené sous l’égide de SUEZ, avec le soutien de l’ADEME, du Programme des Investissements d’Avenir et la collaboration de partenaires spécialisés (2).

Depuis mars 2017, le BioGNL produit dans cette station d’épuration est testé pour plusieurs usages : en tant que carburant pour poids lourds, ou comme combustible sur le site industriel de la société Chryso par exemple, non raccordé au réseau de gaz naturel (3).

injection de biomethane a laquapole grenoble
Aquapole Grenoble

Quelle pérennité pour cette filière ?

Pour autant, la filière est naissante : sur les plus de 500 stations d’épuration éligibles à ce type de projets que compte la France, seules 10 sont équipées à l’heure actuelle.

Le potentiel de production de biométhane sur stations d’épuration est de 1,5 TWh. Un potentiel relativement modeste au regard de l’objectif de 8 TWh d’ici 2023 fixé par l’arrêté du 24 avril 2016 relatif aux objectifs de développement des énergies renouvelables, mais la dynamique est néanmoins prometteuse. Pour peu que le système d’obligation d’achat soit pérennisé, les nombreux projets aujourd’hui en étude devraient se concrétiser.

Enfin, une extension de cette règlementation au biométhane qui ne peut pas être injecté dans le réseau, mais qui pourrait être valorisé directement en tant que combustible ou carburant, en boucle locale, permettrait de débloquer un grand nombre de projets.

Ces projets emblématiques de l’économie circulaire s’inscrivent dans une dynamique de long terme et sont porteurs d’une ambition de territoire au service des générations futures.
Une solution d’avenir pour promouvoir des modèles énergétiques climato-responsables.

Tribune de Pierre Coursan – Global Market Manager – Anaerobic Digestion and Biogas

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(1) les seules installations autorisées étaient jusque-là celles de méthanisation de déchets de l’industrie agroalimentaire ou de restauration collective, de l’agriculture et les sites d’enfouissement des déchets ménagers

(2) la start-up Cryopur, Iveco et GNVERT, filiale d’ENGIE

(3) dans cette nouvelle chaîne de valorisation, SUEZ produit le BioGNL, Engie, via sa filiale LNGénération, le fournit à la société Chryso qui le consomme sur son site de Sermaises-du- Loiret (45)

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