Le biométhane, biogaz carburant du futur

Des camions qui roulent au gaz liquide, et qui ne pollueraient presque pas… c’est une belle promesse écologique, mais surtout c’est aujourd’hui un projet industriel porté par une PME française, CryoPur. Une PME qui a éveillé l'intérêt d'Edouard Philippe et de Nicolas Hulot.

Extraire du gaz de nos déchets

Le méthane, ce gaz que nous utilisons dans nos gazinières et autres chauffes-eau est ultra polluant lorsqu’il est rejeté dans l’atmosphère. Ce qui n’empêche pas certains industriels de l’extraire du charbon ou du schiste. Pourtant il en existe une autre version, non fossile : le biométhane. Il s’agit essentiellement du produit d’un processus bien connu : la méthanisation, obtenue lors du traitement de nos eaux usées ou de déchets agricoles. La procédure est simple. Les déchets sont stockés dans une cuve à température contrôlée, dans laquelle on ajoute des bactéries spécifiques. Les bactéries digèrent, et libèrent du biogaz (60% de méthane, 40% de CO2). Le biogaz est ensuite canalisé, puis purifié.

Du biogaz au carburant vert

« C’est ici que l’on intervient, » explique Denis Clodic, fondateur de la société Cryo Pur et co-prix Nobel de la Paix avec le GIEC en 2007. « On branche notre installation sur le méthaniseur, à la sortie du système. Le biogaz passe dans un système ou il est cryogénisé. Le CO2 va givrer, et le méthane va se liquéfier à -120°C. » Un ingénieux et complexe système qui permet d’obtenir deux sous-produits utilisables : du CO2 liquide, et du méthane liquide.

« Les deux sont valorisables. Le CO2 liquéfié peut être utilisé dans la chaîne du froid, ou pour certains nettoyages industriels sans solvants. Le méthane peut soit être transporté vers le point d’injection le plus proche, pour être diffusé dans le réseau de gaz de ville GRDF, soit être utilisé comme carburant vert. »

Installation experimentale BioGNVAL de Cryo Pur, branchée sur la station d’épuration de Valenton, dans le Val-de-Marne.• Crédits : Cryo Pur

Quel bénéfice écologique ?

Le biométhane, appelé GNL (Gaz Naturel Liquéfié) lorsqu’il est utilisé comme carburant, « a un bilan carbone inférieur de 80% aux carburants classiques » lors de sa production, de la cuve du méthaniseur jusqu’au réservoir des camions. « Nous ne produisons aucun déchet, les impuretés sont piégées dans des filtres à charbon actif, et valorisées dans des usines spécialisées. Nous ne rejetons que de l’eau, » affirme Denis Clodic. Quid des rejets une fois le carburant consommé ? Il émettrait 23% de CO2 en moins par rapport à l’essence, et ne produirait que 5% de particules fines. Il pourrait donc concurrencer l’électrique sur le marché des carburants propres.

Installation de captation de biogaz en Grande-Bretagne. Crédits : JAN WOITAS AFP

Un potentiel de production conséquent

Dans les délicats fumets de nos 21 000 stations d’épuration, et dans les déchets des 450 000 exploitations agricoles, il y a un potentiel de production qui donne le tournis. « D’après nos estimations, affirme Denis Clodic, le potentiel de méthanisation en France s’élève à 2 TWh (Térawatt Heure) pour les stations d’épuration, et jusqu’à 50TWH pour la méthanisation agricole, soit l’équivalent de la puissance d’une centrale nucléaire.

Pas de biométhane en France pour le moment

« Nous avons vendu notre première installation en Irlande du Nord. Et nous développons deux projets français avec des regroupements d’agriculteurs en France, se réjouit Denis Clodic. » Des projets à près de 10 millions d’euros d’investissement, mais qui ne vont pas déboucher sur la fabrication de biométhane pour le transport routier en France. « Impossible de le vendre tant que le gouvernement ne proposera pas un barème de tarifs réglementés. L’idée fait son chemin, mais aucun arbitrage n’a encore été rendu, » conclue Denis Clodic.

Source de l’article France Culture l Auteurs Chloé Leblond, Violette Voldoire l Le 5 juillet 2017

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