Méthanisation : ruée vers l’or vert

La France compte 860 projets de développements de méthaniseurs. Le gouvernement avance sur la simplification des procédure et les investissements se multiplient.

Supprimer la dépendance au gaz russe ou algérien en produisant du gaz vert avec le fumier des fermes et les rebuts des déchetteries : alors que ce rêve de diplomate n’était nourri que par quelques scientifiques écolos, l’Ademe en fait un objectif atteignable en 2050.

Actuellement, la France ne consomme que 1 % de gaz renouvelable. La loi de transition énergétique visait 10 % en 2030. Devant l’accélération des projets, GRTgaz et GRDF envisagent d’atteindre 30 % à cette échéance. Quant à l’indépendance totale, l’Ademe assure qu’une optimisation du gisement permettrait d’y parvenir d’ici à 2050. Mieux, « le potentiel théorique de gaz renouvelable pourrait dépasser le niveau de la demande », indiquait Bruno Léchevin, président de l’Ademe, en préambule à son dernier rapport sur le biogaz.

Même l’industrie s’y intéresse

De quoi parle-t-on ? La méthanisation consiste à transformer des déchets fermentés en gaz. Trois grandes technologies coexistent sous ce vocable : le gaz réinjecté dans le réseau, technique sur laquelle parie Engie par exemple. La cogénération chère à Dalkia (EDF) qui sert à chauffer ou à refroidir une laiterie mais aussi des logements et des usines. Et enfin la production d’électricité dans des centrales à gaz renouvelable.

Poussé par le français Europlasma , un nouveau process de purification du gaz, dit « pyrogazéification », commence à donner des résultats. La technologie a été validée dans sa centrale de Morcenx (Landes). Europlasma va la déployer dès 2020 à Thouars (lire ci-contre), puis en Bretagne. Cette société collabore à un projet de dépollution des fumées du sidérurgiste ArcelorMittal. Ce projet n’est pas anodin, il redonnerait de l’espoir aux centrales à charbon.

Vers plus de simplicité

Pour rattraper le retard de la France, le secrétaire d’Etat à la Transition écologique et solidaire, Sébastien Lecornu, a annoncé le 26 mars quinze propositions pour simplifier les procédures. D’abord un délai d’instruction abaissé d’un an à six mois. Ensuite pas d’enquête publique ni d’études d’impact pour les petits projets. Enfin, l’harmonisation du tarif d’achat du gaz réinjecté dans le réseau.

Lors du congrès de la FNSEA fin mars à Tours, le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, Stéphane Travert, a appelé les agriculteurs à s’emparer du sujet, tout en déplorant des délais d’instruction trop longs. La présidente du syndicat a répliqué : « Mais qui gouverne ? »

Et de pourfendre le « monstre administratif » qui étrangle les initiatives du monde rural.

En réalité, plus qu’un geste en faveur des agriculteurs, ces quinze propositions sécurisent auprès des banquiers un secteur naissant. Car le monde rural fourmille de projets mais manque de financements, notamment dans les branches propices à la méthanisation comme l’élevage laitier.

Effet collatéral de la « directive nitrates »

Chez les agriculteurs, cette accélération trouve son explication dans les directives nitrates plutôt que dans les annonces gouvernementales. Depuis deux ans, la protection des sols et des rivières leur impose plus de contraintes. Face à cela, les agriculteurs formulent un choix limpide : plutôt que d’investir dans des bassins de rétention et d’acheter un nouveau tracteur pour la manutention du fumier, mieux vaut l’évacuer vers un transformateur qui rapporte.

Eleveuse près de Vendôme et présidente de MéthaBraye, l’un des plus gros méthaniseurs français bientôt en service (lire ci-dessous), Delphine Descamps voit dans cet investissement un intérêt majeur : « La méthanisation redonne de l’intérêt à nos exploitations laitières, ce qui va convaincre les jeunes agriculteurs de poursuivre dans cette filière malmenée par une grave crise. » Le chemin est encore long. Selon GRDF la France compte 860 projets de  méthaniseurs et environ 514 installations existantes contre … plus de 10.000 en Allemagne.

Source de l’article Les Echos l STEPHANE FRACHET

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