La filière du biométhane s’organise en France

Le premier observatoire de cette activité montre le retard de la France et la réticence de la population.

Fin mars, la seizième installation française qui injecte du biométhane dans les réseaux de GRDF – la filiale d’Engie (ex-GDF Suez) – a été inaugurée à Château-Renard (Loiret). Cette mise en service intervient après une année 2015 dynamique, marquée par le raccordement de onze unités – pour une capacité de production aujourd’hui de 257 gigawattheures (GWh) par an. Signe que la filière commence à s’organiser, elle se fédère au sein de l’association France Biométhane. Présidée par Cédric de Saint-Jouan, elle réunit plusieurs entreprises – dont le géant Air liquide – ainsi que des représentants de la Banque populaire d’Atlantique, GRDF, GRTgaz (le réseau de transport de gaz) et l’Association des agriculteurs méthaniseurs de France. Denis Clodic, chercheur et colauréat du prix Nobel de la Paix en 2007, complète ce tour de table.

Parallèlement, le premier observatoire de la filière, récapitulant les chiffres et réalisé conjointement par France Biométhane et le cabinet Sia Partners, est publié mercredi. Il montre le retard pris par la France par rapport à ses voisins, notamment l’Allemagne qui pointe en tête en Europe avec déjà plus de 180 sites raccordés. Toutefois, l’observatoire rappelle aussi les objectifs volontaristes de la loi de transition énergétique votée à l’été 2015 : à l’horizon de 2030, le gouvernement prévoit d’injecter dans le réseau de gaz 10 % de biométhane, avec une production d’environ 30 térawattheures (TWh). Actuellement, le biométhane représente moins de 1 % de la consommation française de gaz.

Économie circulaire

Pour ses partisans, le biométhane est un modèle d’économie circulaire avec l’utilisation des déchets en boucle locale. Cinq sources de production permettent de produire du biogaz (dont fait partie le biométhane) : effluents agricoles, déchets industriels, boues des stations d’épuration, déchets organiques et déchets ménagers classiques. La méthanisation – dans un digesteur alimenté par ces matières – constitue la première étape de la production d’énergie, avec quatre modes de valorisation à la clé : chaleur, cogénération (chaleur et électricité), injection dans les réseaux de gaz naturel et biométhane carburant.

Selon l’observatoire, le biométhane pourrait ainsi bénéficier de l’essor du gaz naturel véhicule (GNV), « carburant qui dispose de nombreux atouts pour la lutte contre la pollution aux particules fines tout en assurant une autonomie de plusieurs centaines de kilomètres ». Dans cette perspective, un scénario de GRDF prévoit que le gaz pourrait couvrir 14 % de l’énergie consommée dans les transports en 2030. L’observatoire insiste aussi sur le potentiel du biométhane 2G (deuxième génération), une avancée technologique fondée sur la gazéification de biomasse solide et qui pourrait représenter 35 % du gaz consommé en 2050.

Mais, en France, les projets biométhane ont du mal à aboutir. Il faut vaincre notamment les réticences des riverains en raison de nuisances olfactives : des procédés de désodorisation existent mais cela n’accélère pas pour autant l’avancée des dossiers. Selon l’observatoire, plus de 600 demandes d’études sont en cours, essentiellement dans le Nord et l’Est de la France.

Source de l’article lefigaro.fr  l Auteur Frédéric De Monicault l Le 6 Avril  2016

Retrouvez-nous sur les réseaux sociaux