Nos terres produisent du gaz renouvelable

Quel intérêt agronomique les agriculteurs ont à participer à la production de gaz renouvelable ?
D’un point de vue général, l’agriculteur a pris conscience de la richesse de sa terre. Traditionnellement, nos fermes étaient des exploitations de polyculture-élevage.

Quel intérêt agronomique les agriculteurs ont à participer à la production de gaz renouvelable ?

 

D’un point de vue général, l’agriculteur a pris conscience de la richesse de sa terre. Traditionnellement, nos fermes étaient des exploitations de polyculture-élevage. Nos aînés ont dû se spécialiser et aujourd’hui, dans ma région, nous sommes tous des éleveurs … De céréales, de betteraves, de légumes, d’oléagineux.

Nos terres produisent depuis de nombreuses années des denrées agricoles de très bonne qualité et en bonne quantité. Mais pour que cet outil, la terre, reste performant, il faut l’entretenir et remettre au minimum ce que les productions ont absorbé, en particulier de la matière organique.

Nos anciens élevaient des bovins pour le lait et la viande. Ils les nourrissaient avec leur paille, leurs céréales, leurs betteraves, leur herbe et une fois tous ces aliments digérés dans la panse de leurs ruminants, ils épandaient le fumier donc remettaient à la terre ce qu’ils avaient prélevé. Ils ne savaient pas que les flatulences de leurs animaux, dispersées dans l’atmosphère, avaient une valeur.

Et qu’en est-il aujourd’hui ?

Concrètement aujourd’hui, nous valorisons notre paille grâce au méthaniseur, mais pas seulement. L’unité de méthanisation étant alimentée très régulièrement, elle a besoin d’autres produits qui proviennent des industries agro-alimentaires soit environ 27 000 Tonnes. Ce sont des légumes de conserverie, des écarts de tri de pomme de terre, des résidus d’amidonnerie… Tous ces aliments aussi, sont issus, en partie, de nos fermes. Concernant, le produit noble de nos exploitations, la paille, nous la fournissons et en échange, le méthaniseur nous restitue du digestat. Notre participation équivaut à 3 000 Tonnes de paille dans un rayon de 7 à 8 km et l’unité de méthanisation nous rétrocède 30 000 Tonnes de digestat épandues sur 1 500 ha. C’est un total de 6 000 ha mis à la disposition du méthaniseur dans le plan d’épandage. Nous ramenons plus d’éléments nutritifs avec le digestat que nous en exportons en enlevant la paille. C’est donc moins d’engrais minéraux à acheter.

A moyen terme, cet intérêt agronomique, avec le retour de la matière organique nécessaire à nos sols, se transforme en intérêt économique. En effet le digestat est à un prix fixe alors que celui des engrais est très fluctuant. Dans la gestion de plus en plus pointue de nos fermes, c’est un élément de stabilité et de sécurité.

Nous recréons ainsi cette économie circulaire pratiquée autrefois, mais avec la technologie ultramoderne d’aujourd’hui. Il est indispensable pour l’agriculteur de montrer qu’il fait partie d’un mouvement sociétal fort et qu’il contribue au respect de l’environnement : il s’agit aussi ici d’éthique. Nous recherchons la reconnaissance de la qualité de notre travail auprès du grand public. Nous sommes très fiers d’investir le quotidien de nos concitoyens en leur fournissant de l’énergie : du gaz renouvelable. Le méthaniseur alimente en gaz une agglomération de 10000 habitants. Par exemple, à Eppeville, le 15 août, le méthaniseur fournit 100% du gaz consommé par la population. En moyenne annuelle nous fournissons un quart de la consommation locale. L’idée de cuisiner et de se chauffer avec le gaz qui provient de nos productions est très valorisant pour nous, agriculteurs !

Pour conclure

En conclusion, nous sommes au début d’une nouvelle histoire de notre agriculture en intégrant l’énergie comme une production agricole à part entière. Ce qui a toujours été le cas mais n’a jamais vraiment été formalisé. Hier, l’avoine, l’orge et l’herbe produisaient de l’énergie musculaire en nourrissant les chevaux de trait et consommaient au moins 25% de la surface des fermes. Aujourd’hui, nos blés, betteraves et colzas produisent de l’énergie mécanique avec l’éthanol et le diester dans les carburants en n’utilisant que quelques % de la surface agricole utile. Demain, les cultures spécialisées, les résidus agroalimentaires et les résidus d’élevage produiront de l’énergie mécanique « nourrissant » nos tracteurs à gaz. La boucle sera bouclée et cette fameuse économie circulaire aura encore plus de sens.

Philippe VANDERMEIR

Agriculteur de la Somme

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